Gregor Podgorski : Préface

Préface

Préface de Tina Kieffer

Je me suis souvent demandé ce qui fascinait tant Gregor dans ces corps graciles ou lourds, candides ou blasés, imberbes ou luxuriants, qu’il s’évertuait ainsi à caster, photographier, compiler, exposer.
Je l’ai toujours vu tourner autour d’eux avec une curiosité, une complicité, une émotivité, qui n’appartiennent qu’aux enfants.
Je ne l’ai jamais surpris à aborder ces corps dans leur dimension sexuelle, ou organique, l’être avec lui l’emportant toujours sur le paraître, le vécu sur le cul, la tendresse sur la détresse. S’il perçoit leur érotisme, s’il le restitue sur le papier, c’est toujours délicatement, en s’éclipsant devant le destinataire, présent ou non, de cette offrande intime.
J’ai toujours pensé que Gregor aimait tellement les êtres qu’il avait besoin de les mettre à nu pour s’approcher plus près encore de leur chaleur humaine.
Et puis, en découvrant ce travail sur la Pietà poursuivi cinq ans plus tard, j’ai compris ce que Gregor cherchait avec autant d’avidité dans les écorces charnelles. Il cherchait à percer un secret. Le corps des hommes, le corps des femmes, marquent toujours l’empreinte du temps qui s’enfuit. Encore faut-il, comme Gregor, savoir le voir. Savoir déchiffrer ces milliers de stigmates qui signent l’histoire de l’occupant du lieu de chair. Gregor a ce don-là. En immortalisant ces corps qui ont si intensément vécu, il capture le temps qui nous échappe. Il matérialise à jamais ces traces d’une vie qui forcément va nous quitter. Photographier ces amis de passage, c’est sa façon à lui de leur révéler son attachement et de leur dire qu’ils ne partiront jamais vraiment. Gregor est plus qu’un photographe. C’est un romancier de l’image, qui conte nos vies dans une histoire sans fin.

©Gregor Podgorski ::: @contact